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 Voyage, Jean MARIOTTI. Nuit calédonienne

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MessageSujet: Voyage, Jean MARIOTTI. Nuit calédonienne   Dim 1 Aoû 2010 - 0:22



   Le col des Bois-de-Fer était une percée barbare, un entablement étroit ménagé par la nature, un repos avant la descente. Pour y atteindre, il fallait suivre pendant quelque temps une piste épousant les parois d’une montagne presque à pic à cet endroit, tellement que les arbres verticaux paraissaient croître parallèlement au sol. La piste s’accrochait si miraculeusement aux pentes de cette montagne que le voyageur avait au-dessus de sa tête toute la masse d’un mur gigantesque prêt à l’écraser, semblait-il, alors qu’à ses pieds s’ouvrait l’abîme.
Une glissade, un faux pas, c’était la chute sans fin, l’écrasement contre les rocs, la réunion en une même bouillie du cheval, du cavalier et du harnais.

     Quand il entendit le sabot de son alezan claquer sur une racine sournoise, Louis balança quelques secondes : descendrait-il de sa selle pour guider son cheval par la bride ? Il avait l’habitude de ces nuits noires où l’on ne peut même pas, pour se guider, repérer la silhouette des arbres découpés sur le ciel. Comme tous les broussards, il savait tâter le sol de ses pieds nus et suivre la bonne direction sans s’égarer dans une passée de bœufs ou de cochons sauvages.

      Son hésitation fut de courte durée car, s’il était certain par ce moyen de se tirer lui-même du mauvais pas, il savait  que le cheval se fierait entièrement à lui et le suivrait aveuglément.
Ils étaient tous deux comme sur une corde raide. Mais une corde raide bizarrement agrémentée de coudes brusques et de zigzags. En tirant sur la bride de l’animal, Louis, qui n’aurait pu le prévenir, aurait risqué de le faire choir chaque minute dans le ravin. Il préféra demeurer en selle, se fier à l’instinct et au pied sûr de son ami.

     Ce fut alors une étrange chevauchée. Le cavalier rendit les rênes et s’astreignit à ne modifier en rien les décisions de l’animal, pas même par une pression des cuisses, tout en se tenant cependant prêt à le redresser s’il venait à buter. C’était le seul geste utile que l’homme pouvait tenter. Pour le reste, il devait s’abandonner et se laisser emporter dans un sinistre jeu de colin-maillard : l’obscurité le rendait aussi parfaitement aveugle que s’il avait eu un épais bandeau sur les yeux. Il ne lui était même pas possible de voir luire vaguement le talus mouillé qu’il frôlait parfois.


Jean MARIOTTI. Nuit calédonienne, dans Le Dernier Voyage du Thétis,
Les Editions Grain de Sable, 2000


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MessageSujet: Re: Voyage, Jean MARIOTTI. Nuit calédonienne   Jeu 12 Aoû 2010 - 13:32




Il me fallut donc poursuivre mon chemin : traversant les montagnes sauvages, qui semblent couvrir Dublin, après trois ou quatre heures de marche j’arrivai à Enniskerry, où je fus reçu par Mr. Walker, qui a fait de grandes recherches sur les antiquités Irlandaises. Cette petite ville appartient au Lord Powerscourt : son parc et sa maison, sont un des objets de plus grande curiosité près de la Capitale : c’est dans l’enceinte du parc que coule la riviere Dargle, dans la vallée charmante à la quelle elle donne son nom et dont les habitans sont si fiers avec juste raison : c’est aussi dans ce parc, qu’on voit la cascade de Powerscourt que les étrangers, viennent visiter de loin. La masse d’eau n’est pas très considérable et elle ne se détache pas du rocher, mais la cascade est très élevée et ressemble par sa blancheur à la chévelure agitée, d’un vieillard vénérable : c’est une comparaison assez originale, mais j’espere qu’on me la passera. La vallée dans laquelle elle tombe, est sans contredit, la plus Romanesque et la mieux boisée de toute l’Irlande.: les quatre où cinq milles que parcourt ce ruisseau, sont assez jolis, pour qu’une petite maitresse desirât rassembler dans son jardin toutes les beautés qui s’y trouvent.

C’était le printemps, les arbres étaient couverts de leur feuillages : la verdure charmante invitait à s’y reposer, je ne sais quelles idées m’occupaient alors ; je me mis à rêver et bientôt j’accouchai de ce rondeau, il n’a pas grand rapport à mon voyage, mais c’est égal.

à votre aise, vous pouvez rire
Du tourment que cause l’amour :
Vous connaitrez à votre tour
Qu’aimer est un cruel martyre
Quand on n’attend point de retour.

Il me semble entendre en ce jour
Pour vos mechans traits de satyre
Le dieu d’amour piqué vous dire

à votre aise.

De ce dieu, charmante * * *
Craignez sur vous, d’attirer l’ire,
Aimez, que votre cœur soupire,
Que pour moi son feu vous inspire
Et je vous dirai sans détour,

à votre aise.


Jacques de Latocnaye
Promenade d'un Français dans l'Irlande
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MessageSujet: Re: Voyage, Jean MARIOTTI. Nuit calédonienne   Jeu 12 Aoû 2010 - 22:26



Tant que nous cheminâmes sur la partie sablonneuse avoisinant le rivage, aucun obstacle ne s’opposa à notre marche, mais une fois que le sol, commençant à changer de nature, devint rocailleux et que les hautes futaies remplacèrent les plantes molles et rares de la plage, nous nous trouvâmes en proie à un supplice auquel nous n’avions pas songé. Nos pieds nus, car nous avions perdu nos chaussures, peu habitués à fouler les ronces et les pierres, ne tardèrent pas, horriblement déchirés et sanglants, à nous occasionner de telles souffrances que nous dûmes nous arrêter.

Quoique notre guide ne nous fit aucune observation, nous pûmes voir à l’air surpris de son visage et au sourire de mépris qui passa sur ses lèvres, combien il s’étonnait que la peau des infidèles ne fût pas plus solide. Enfin, après nous être fait, tant bien que mal, des espèces de bottines avec des morceaux de nos pagnes, nous nous remîmes en route.

Après une étape de deux heures, nous atteignîmes une misérable petite bourgade située sur le bord opposé d’une rivière qui nous barrait le passage. Notre guide nous dit de l’attendre, puis, se jetant à l’eau, il parvint en trois ou quatre brasses sur la rive opposée. Cinq minutes plus tard il nous rejoignait en bateau.

Les habitants de cette bourgade, tous pêcheurs, prévenus probablement par notre guide Embaruck, nous accueillirent avec une grande bienveillance et nous servirent, du moins quant à la quantité, ce qui était l’essentiel pour nous, un excellent repas.


Louis Garneray
Voyages, aventures et combats
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MessageSujet: Re: Voyage, Jean MARIOTTI. Nuit calédonienne   Jeu 12 Aoû 2010 - 22:50



Cette curiosité, qui est si vive, est cependant capricieuse, inégale, et n’a aucun empressement pédantesque. Le voyageur n’est pas toujours prêt à se précipiter, un album à la main, pour dessiner un monument célèbre; il ne tire pas à tout instant un carnet de sa poche pour prendre des notes sur tout objet, par crainte de perdre la plus insignifiante de ses observations. Non, il aime à jouir des sensations physiques que lui procurent les mœurs et les paysages de l’Afrique, à laisser ces sensations se transformer lentement en impressions morales qu’il confie paresseusement à la mémoire, qui les vanne, les tamise, les trie, et n’en garde que celles qui sont dignes de passer à l’état de souvenir. Un des grands charmes de ces livres, c’est qu’on sent en effet qu’ils sont écrits avec des souvenirs et non pas avec des notes, que les tableaux qu’ils présentent ne sont pas des images de daguerréotype fixées sur le papier par l’action à la fois brutale et confuse des premières sensations, mais qu’ils ont été recréés dans l’atelier du cerveau par le travail de toutes les facultés réunies.

Parfois même il arrive que M. Fromentin s’abstient de ses devoirs de voyageur; il ne s’en cache pas, et même il s’en vante, avec raison selon nous. Lorsque des préoccupations de tout autre genre endorment sa curiosité, il ne fait aucun effort sérieux pour la réveiller. Un pédant n’y manquerait pas, et s’adresserait les plus grands reproches; mais M. Fromentin, qui n’est pas pédant, la laisse tranquillement dormir, sachant bien qu’elle se réveillera à son heure, et que les spectacles propres à la satisfaire ne lui manqueront jamais. A quoi bon se déranger pour visiter une mosquée, lorsque les yeux la regarderaient sans la voir, et pourquoi importuner un honnête Africain pour se faire raconter une légende ou une anecdote que l’esprit écouterait avec distraction? L’âme en ce moment s’est envolée dans le pays de la rêverie ou du souvenir, le cœur s’est pris à battre doucement en songeant aux amis absens ou à la patrie lointaine : combien il serait maussade et malséant d’interrompre ces charmantes sensations pour satisfaire à de prétendus devoirs et donner pédantesquement une leçon nouvelle à la curiosité, qui ne demande rien ! M. Fromentin tient à bien voir ce qu’il voit, il ne tient pas à tout voir, et surtout il ne cherche pas à voir quand même) comme certains voyageurs qui se bourrent à satiété de paysages et de spectacles, lorsque leur imagination n’a ni faim ni soif. M. Fromentin occupe dans la classe des voyageurs la place exactement opposée à celle qu’occupe cet ami qu’il nous a si bien décrit, l’excentrique Vandell, l’homme fait aux fatigues des voyages, tanné et bronzé par le soleil africain, qui s’indigne que la peau de l’homme soit moins solide qu’une étoffe de drap ou qu’un morceau de cuir, toujours prêt à prendre des notes et à faire des observations sur toute espèce de sujets.

Tous deux avaient traversé un certain lieu appelé Sidi-Okba et visité la mosquée qui contient la sépulture d’un des premiers lieutenans du prophète, seulement il n’y avait qu’un seul des deux voyageurs qui eût profité de sa visite : c’était Vandell, qu’aucune préoccupation morale n’aurait pu empêcher d’observer l’architecture du monument et d’en apprendre l’histoire. Quant à M. Fromentin, il n’en avait gardé aucun souvenir, et nous le comprenons sans peine : ses nerfs, qui n’étaient pas aguerris comme ceux de l’ami Vandell, avaient été comme émoussés par la lassitude et la chaleur, et si son imagination avait eu quelque liberté, c’était pour rêver à la collation qui les attendait dans un jardin voisin, sous l’ombre d’un figuier, plutôt qu’à la mosquée et à son histoire.


De la littérature des voyages
Emile Montégut


Revue des Deux Mondes T.27
1860
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MessageSujet: Re: Voyage, Jean MARIOTTI. Nuit calédonienne   Jeu 12 Aoû 2010 - 22:58





Au moment de notre passage, la campagne présentait en général un aspect morne et mélancolique. Cependant le tableau était quelquefois animé par quelques caravanes de Lamas, qui se rendaient en chantant et en folâtrant à la solennité du Lha-Ssa-Morou. Des cris do joie et des éclats de rire, s'échappaient par intervalles des métairies qui bordaient la route, et nous annonçaient que les réjouissances du nouvel an n'étaient pas encore terminées.

Notre première étape ne fut pas longue. Nous nous arrêtâmes bien avant le coucher du soleil, à Detsin-Dzoûg, gros village éloigné de Lha-Ssa de six lieues (soixante lis). Une grande maison avait été préparée à l'avance, pour le repos de la caravane. Aussitôt que nous eûmes mis pied à terre, nous fûmes introduits, par le chef du village, dans une chambre au milieu de laquelle flambait un magnifique feu d'argols, dans un grand bassin en terre cuite. On nous invita à nous asseoir sur d'épais coussins de pou-lou vert, et on nous servit immédiatement du thé beurré. Nous fûmes entourés de tant de soins et de prévenances, que nos cœurs finirent bientôt par s'épanouir. Celte manière de voyager nous parut merveilleuse. Quel contraste en effet avec la vie dure et pénible que nous avions menée dans le désert, où une halte n'était pour nous qu'un surcroît de misères ! Voyager sans être obligés de dresser une tente et de soigner des animaux ; sans se mettre en peine du chauffage et de la nourriture : c'était comme la réalisation d'une brillante utopie. Aussitôt qu'on est descendu de cheval, trouver une chambre bien chaude et une grande cruche de thé beurré, c'était pour nous du pur sybaritisme.

Peu après notre arrivée, nous reçûmes la visite officielle du grand Lama que le Régent avait chargé de nous accompagner jusqu'aux frontières de la Chine, ei avec lequel nous n'avions encore échangé que quelques paroles de politesse, lors du passage de la rivière. Ce personnage nommé Dsiamdchang, c'est-à-dire le Musicien, était un homme trapu, et âgé d'une cinquantaine d'années ; il avait rempli des fonctions administratives dans plusieurs contrées du Thibet. Avant d'être rappelé à Lha-Ssa, il occupait le poste de Dhéba général, dans un canton peu éloigné de Ladak ; une incomparable bonhomie était répandue sur sa figure large et un peu ridée. Son caractère tenait de la naïveté et de la candeur de l'enfant. Il nous dit que le Régent l'avait chargé de faire ce voyage exprès pour nous, afin de veiller à ce que rien ne nous manquât, durant tout le temps que nous serions dans les contrées soumises au Talé-Lama. Ensuite il nous présenta deux jeunes Thibétains, dont il nous fit un long et pompeux éloge. — Ces deux hommes, nous dit-il, ont été spécialement désignés pour vous servir en route.


Évariste Huc
Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine
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MessageSujet: Re: Voyage, Jean MARIOTTI. Nuit calédonienne   Jeu 12 Aoû 2010 - 23:02





Janvier 1852.

J'ai pour principe de voyager seul; je crois que c'est le moyen de bien voir : on est moins distrait de ce qui vous entoure, on est plus complètement dans le pays que l'on veut observer. Avec des compatriotes, on retrouve la patrie, ce qui est fort agréable; mais par-là même l'esprit, reporté vers ses habitudes; est peu propre à entrer dans des mœurs étrangères, à s'en pénétrer. Les heures de loisir forcé, d'ennui même, sont profitables au voyageur solitaire. Pendant ces heures quelquefois assez longues, j'en conviens, il se replie sur lui-même, il s'absorbe dans les impressions qu'il a reçues; rien ne l'en détourne, elles se gravent en lui plus profondément, et puis, seul, l'on est obligé de vivre avec les gens du pays, de vivre de leur vie. Quand on n'est pas seul, on est toujours à demi absent; mais voilà bientôt quatre mois que je suis isolé en Amérique et comme perdu sur les chemins de fer, sur les lacs, sur les fleuves, dans des villes inconnues, et je ne résiste pas à la tentation de continuer ma course dans la très agréable compagnie de MM. de Béant et de Villeneuve, tous deux attachés à la légation de France à Washington, avec lesquels je pars pour le sud. Il peut n'être pas inutile de comparer ses propres observations avec des observations différentes, et de les rectifier par la discussion; puis il y a un si grand charme à retrouver la France au bout du monde! Je l'ai bien senti à Washington.

Nous profitons pour partir du premier jour où le Potomac est navigable. La rivière est encore prise. Le bateau à vapeur tantôt suit un canal étroit entre deux rives de glace, tantôt brise la glace même, dont les fragmens glissent à droite et à gauche sur la surface immobile du fleuve et la frôlent avec un petit bruit singulier. Tout à coup la cloche du bateau sonne lentement : c'est que nous venons de passer devant Mount-Vernon, où était la demeure et où est la tombe de Washington; tous les bateaux en font autant. Ce salut spontané et quotidien au souvenir et à la sépulture d'un grand homme m'émeut comme m'a souvent ému le tintement de l’Angélus dans la campagne romaine : c'est l’Angélus de la dévotion à la gloire. Je regretterais de ne point m'arrêter ici pour visiter pieusement ce tombeau et cette demeure modeste où se retira le Fabricius américain, après avoir délivré et fondé son pays, pour mener la vie d'un simple planteur, refusant le pouvoir et donnant un immortel exemple d'abnégation généreuse et sincère; mais on me dit, ce que j'ai peine à croire, que la tombe est négligée et que la maison de Washington est à louer.

Promenade en Amérique
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