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 La musique

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MessageSujet: La musique   Jeu 12 Aoû 2010 - 11:07



La musique d'une nation est tout entière dans ses instincts privés, dans ses goûts familiers, dans ses habitudes du cœur ou de l'esprit. On a beau dire; les arts s'enchaînent tous, ce sont là les branches mélodieuses, les rameaux trempés de sons et de lumière, d'une tige vivace qui tient au sol par ses racines ; la même sève y féconde tout; qu'on l'appelle amour, rêverie, esprit, grace, verve ironique, peu importe. Cependant il n'en est pas tout-à-fait de la musique comme de la poésie. Le poète descend par intervalle des sommets de son inspiration pour se mêler d'affaires et de sciences; il touche aux réalités de la vie politique; s'il exprime son pays, il résume aussi son époque.

La musique, au contraire, s'exhale du sol natal comme une de ces chaudes bouffées de la moisson, et monte vers le ciel plus vague, plus libre, plus indépendante des idées du jour, plus dégagée de ces mille préoccupations du moment que certains esprits, curieux de détails, recherchent avant tout dans l'œuvre des grands poètes, pour les faire servir à leurs commentaires, et qui pour les vrais amans de la Muse sont le signe terrestre et fatal dont la Divinité semble l'avoir marquée au front. La musique exprime en son essence les principaux traits qui caractérisent un peuple. Le musicien est à la fois de son pays et de tous les temps; le poète, au contraire, tout en conservant sa nationalité inaliénable, n'est que de son époque. Entre tous les grands poètes, Shakspeare me semble le seul qui se soit élevé au-dessus de la question du temps, et, certes, à ce compte, Shakspeare peut passer pour un sublime musicien. Pour la musique, tout se réduit donc simplement à une question de lieu. Pourvu que Beethoven chante en Allemagne, Cimarosa en Italie, qu'importe le siècle où ces divines voix s'élèvent? Or, franchement, qui oserait dire pareille chose d'Alighieri ou de Goethe, ces sombres génies sur qui pèse d'avance le travail de l'humanité, et que le pressentiment de l'avenir entraîne et pousse comme la main de Dieu?



Musiciens Français - M. Auber
Henri Blaze

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Revue des Deux Mondes T.18, 1839


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MessageSujet: Re: La musique   Jeu 12 Aoû 2010 - 11:14



Ce qui caractérise surtout M. Auber, ce sont les petits chœurs, les chansons, les airs de danse; là son imagination se donne libre cours, sa verve se répand, la variété de sa fantaisie éclate. C'est dans ces mille choses de la musique, qui vivent d'un souffle ou d'un motif, qu'il faut chercher l'originalité de ce talent, qui n'a que des facettes. Les chœurs ont fait le succès de la Muette, les airs de danse celui de Gustave. Et cependant qui peut dire qu'il n'y ait dans Gustave que des airs de danse? Vous vous souvenez du trio chez la sorcière, du duo entre Amélie et Gustave au troisième acte, du trio qui suit lorsque le drame se complique par l'arrivée d'Ankastroem. Eh bien ! dites-moi, que souhaitez-vous de plus à ces morceaux, la mélodie ou l'expression? De laquelle des qualités qui font la grave et sérieuse musique, trouvez-vous donc qu'ils manquent? On respire dans le troisième acte de Gustave un vague sentiment impossible à décrire, on se laisse aller à cette musique comme à la mélancolie; elle est si douce, si tendre, si mollement élégiaque; elle convient si bien à l'ardeur inquiète de cette femme amoureuse et parjure, à l'ivresse de ce roi qui va mourir dans une fête, à la désolation du lieu sauvage où s'accomplissent ces amours pleines de sombres voluptés et de mornes pressentimens !

En général, M. Auber ne semble pas traiter les caractères avec une grande importance, et ne pense guère à donner à chacun de ses personnages une individualité prononcée et bien distincte. Cependant on peut dire qu'il a fait çà et là, sans doute par hasard, des rencontres charmantes. Ainsi Fenella dans la Muette. N'aimez-vous pas cette pauvre jeune fille dont un motif exprime chaque sensation, et que la mélodie accompagne partout dans ses infortunes et ses misères? M. Auber aime la danse avec prédilection, il n'arrive à l'Opéra qu'au moment où les Elssler entrent en scène, se retire à la dernière mesure de leur pas, et je lui ai vingt fois entendu dire qu'il voulait finir sa carrière musicale par un ballet. Il est à souhaiter que M. Auber diffère encore long-temps; mais si jamais son vœu se réalise, vous aurez à coup sûr le chef-d'œuvre du genre. Il y a, en effet, dans la musique de ballet des nuances délicates et fugitives qui, dans un opéra, passent inaperçues, et que cet auteur excelle à rendre. Les créations de Fenella dans la Muette, de Zoloë dans le Dieu et la Bayadère, en témoignent assez. Pour la couleur locale, M. Auber la traite au moins avec autant d'indifférence que les caractères, ce qui ne l'empêche pas de réussir dans l'occasion. Comparez la Muette à Gustave; quoi de plus opposé, par la couleur, que ces deux partitions dont chacune, du reste, a son mérite et sa propre valeur? L'une est vive, brillante, splendidement éclairée, riche de lumière et de sons; l'autre respire toute la mélancolie des climats du Nord.


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MessageSujet: Re: La musique   Jeu 12 Aoû 2010 - 11:47




Après le thé, Frédérique se mit au piano et donna le signal d’un plaisir nouveau qu’elle attendait sans doute avec impatience, en jouant de mémoire quelques valses de Lanner, qui était alors aussi célèbre pour ce genre de composition que Strauss l’est devenu depuis. La valse, combinaison piquante de rhythme et d’harmonie, est une invention tout allemande; elle peint le mouvement, elle en exprime la poésie, et répond à l’instinct de l’infini ou de l’inconnu qui est le moteur de l’humanité, et qui caractérise plus particulièrement le génie de cette race voyageuse dont la langue indique l’origine orientale. La valse, qui existait à peine dans l’art au siècle de Mozart, et qui est surtout l’œuvre de l’école moderne de Beethoven, Weber, Schubert, Mendelssohn, Spohr, la valse enivre la femme allemande, dont l’esprit romanesque trouve dans ce tourbillon harmonieux un contraste avec son existence monotone et casanière. Frédérique ne resta pas longtemps au piano, où elle fut aussitôt remplacée par Mme de Narbal. Libre alors d’accepter une invitation qui vraisemblablement lui avait été faite d’avance, Frédérique prit rang avec Wilhelm dans le cercle des valseurs. Lorsque Lorenzo vit cette jeune fille adorable enlacée dans les bras de Wilhelm, sa tête blonde penchée sur l’épaule du brillant cavalier, qui l’emportait en faisant résonner ses éperons d’or, son cœur déborda. Il perdit presque contenance, et, ne pouvant supporter ce triste spectacle, il quitta brusquement le salon. Une fois dans le jardin, il fondit en larmes. — Il faut partir, se dit-il; il faut tarir par l’éloignement la source d’un amour insensé contre lequel je n’ai pas su défendre l’indépendance de mon âme.


Frédérique suite du Chevalier Sarti
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MessageSujet: Re: La musique   Jeu 12 Aoû 2010 - 12:03




Il est arrivé récemment à Paris un grand artiste, un violoniste admirable, M. Jean Becker, de Manheim, dont nous avons déjà cité le nom dans la Revue il y a quelques années. M. Becker, qui n’a pas trente ans, a beaucoup voyagé depuis; il a beaucoup étudié et beaucoup appris, et il est devenu un virtuose de premier ordre. M. Becker exécute sur son violon et d’une manière admirable la musique de tous les maîtres, de toutes les époques et de tous les genres. Dans les trois concerts qu’il a donnés à la salle de M. Herz, il a joué de la musique de Sébastien Bach, la chaconne de Spohr, quelques pages des maîtres de l’école française, tels que Leclair, Gaviniès, Viotti, Rodde, et un charmant morceau de M. de Bériot, et dans ces formes si diverses le virtuose a fait preuve d’une rare aptitude à s’assimiler le style particulier de chaque compositeur. M. Becker joint la bravoure d’un virtuose éminent à l’imagination d’un poète, la science d’un archéologue à la vivacité d’un improvisateur, semble-t-il, tant son exécution est vive, spontanée et d’une inaltérable justesse. Le succès de M. Becker a été éclatant, unanime, et on peut considérer cet artiste maintenant comme l’un des premiers violonistes de l’Europe.



Revue musicale, 1863/03
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MessageSujet: Re: La musique   Jeu 12 Aoû 2010 - 12:22




Dites donc, Gaston, jouez-moi l'Invitation à la valse.

- Pourquoi ?

- Pour me faire plaisir d'abord, et ensuite parce que je ne puis pas arriver à la jouer seule.

- Qu'est-ce qui vous embarrasse donc ?

- La troisième partie, le passage en dièse."

Gaston se leva, se mit au piano et commença cette merveilleuse mélodie de Weber, dont la musique était ouverte sur le pupitre.

Marguerite, une main appuyée sur le piano, regardait le cahier, suivait des yeux chaque note qu'elle accompagnait tout bas de la voix, et quand Gaston en arriva au passage qu'elle lui avait indiqué, elle chantonna en faisant aller ses doigts sur le dos du piano :

"Ré, mi, ré, do, ré, fa, mi, ré, voilà ce que je ne puis faire. Recommencez."

Gaston recommença, après quoi Marguerite lui dit :

"Maintenant laissez-moi essayer."

Elle prit place à son tour ; mais ses doigts rebelles se trompaient toujours sur l'une des notes que nous venons de dire.

"Est-ce incroyable, dit-elle avec une véritable intonation d'enfant, que je ne puisse pas arriver à jouer ce passage ! Croiriez-vous que je reste quelquefois jusqu'à deux heures du matin dessus ! Et quand je pense que cet imbécile de comte le joue sans musique et admirablement, c'est cela qui me rend furieuse contre lui, je crois."

Et elle recommença, toujours avec les mêmes résultats.

"Que le diable emporte Weber, la musique et les pianos ! dit-elle en jetant le cahier à l'autre bout de la chambre ; comprend-on que je ne puisse pas faire huit dièses de suite ?"



Alexandre Dumas fils

La Dame aux camélias, Chapitre IX
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MessageSujet: Re: La musique   Jeu 12 Aoû 2010 - 12:38


La musique ayant cessé, je ne pus me défendre de lui adresser la parole.

— Il est heureux que la musique se taise, lui dis-je, elle n'était pas supportable.

Il me jeta un regard à la dérobée et versa son dernier cornet.

— Il vaudrait mieux qu'on ne jouât pas du tout, que de jouer aussi mal, repris-je. N'êtes-vous pas de mon avis ?

— Je ne suis d'aucun avis, dit-il. Vous êtes musicien et connaisseur de profession ?...

— Vous vous trompez. Je ne suis ni l'un ni l'autre. J'ai appris autrefois à jouer un peu du piano et de la contrebasse, comme une chose qui tient à une bonne éducation, et mon maître me disait que rien ne faisait plus mauvais effet qu'une voix de haute-contre procédant par octaves vers la basse. Voilà mon autorité, je vous la donne pour ce qu'elle vaut.

— Vraiment, répondit-il. Quittant alors son siège, il se dirigea lentement et d'un air pensif vers les musiciens, en levant à plusieurs reprises les yeux au ciel et se frappant le front avec la paume de sa main, comme quelqu'un qui voudrait éveiller en lui un souvenir. Je le vis de loin parler aux exécutants, qu'il traita avec une dignité hautaine. Il revint, et à peine eut-il repris sa place, qu'on se mit à jouer l'ouverture d'Iphigénie en Aulide.

Il écouta l’andante les yeux à demi fermés, et les bras croisés sur la table. Par un léger mouvement de son pied gauche, il marquait les intonations ; il releva la tête, jeta un regard derrière lui, étendit sur la table sa main gauche, dont les doigts ouverts semblaient plaquer un accord sur un piano, et éleva la droite en l'air : c'était un maître d'orchestre qui donnait le signal d'une autre mesure. — Sa main droite retomba, et l'allégro commença. Une rougeur brûlante couvrit ses joues pâles, ses sourcils se rejoignirent entre les plis de son front, et une fureur divine dissipa le sourire forcé qui voltigeait autour de ses lèvres. Il se recula, ses sourcils se relevèrent, les muscles de ses joues se contractèrent de nouveau, ses yeux brillèrent, une expression de douleur couvrit ses traits ; son haleine s'échappa péniblement de sa poitrine, des gouttes de sueur vinrent mouiller son front, et son doigt levé annonça le tutti et le morceau d'ensemble. Sa main droite ne cessa pas de battre la mesure ; mais de la gauche il tira son mouchoir et s'essuya le visage. C'est ainsi qu'il anima le squelette d'ouverture que nous offraient deux violons, et qu'il lui donna de la chair et des couleurs. J'entendais les sons tendres et plaintifs de la flûte, dans ses tons ascendants, lorsque la tempête des violons et des basses a cessé, et que le tonnerre des timbales garde le silence ; j'entendais les accents brefs et rapides des violoncelles, du hautbois, qui exprime la douleur, jusqu'à ce que le tutti revenant tout-à-coup, eût comme un géant, écrasé toutes les plaintes et les douces lamentations, sous ses pas cadencés et retentissants.

L'ouverture était achevée : l'homme laissa retomber ses deux bras et resta les yeux fermés, comme quelqu'un dont une application extrême a épuisé les forces. La bouteille qui se trouvait devant lui était vide. Je remplis son verre avec du vin de Bourgogne que je m'étais fait apporter. Je l'invitai à boire ; il but sans cérémonie, et vidant son verre d'un trait, il s'écria : Je suis content de l'exécution ! L'orchestre s'est bravement comporté !


E. T. A. Hoffmann — Fantaisies à la manière de Callot

Le Chevalier Gluck
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