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 LA SCIENCE EN QUESTION, Jean Rostand

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MessageSujet: LA SCIENCE EN QUESTION, Jean Rostand   Dim 4 Juil 2010 - 20:09

Nul ne doute que la science ne représente, pour l'humanité, le plus grand espoir et la plus grande menace tout ensemble. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on lui voit ce double visage, et Rabelais, déjà, dénonçait les dangers d'une "science sans conscience", François Bacon prévoyait les fruits vénéneux d'une science dénuée de charité.
   Que les pouvoirs conférés à l'Homme par la science, et par la technique qui en est issue, puissent être employés au mal comme au bien, c'est là une telle évidence qu'on s'en voudrait d'y insister. La science, ce sont les vaccins, les sérums, les antitoxines, les antibiotiques, mais ce sont aussi les explosifs, les gaz asphyxiants, les bombes nucléaires... Les microbes peuvent servir à lutter contre la maladie, ils pourraient aussi servir à propager de meurtrières épidémies. C'est l'Homme qui, en fin de compte, donne valeur humaine ou inhumaine à la vérité, selon qu'il aura choisi entre les deux lois contraires qu'a si magnifiquement définies le grand Pasteur en 1888 :
   "Une loi de sang et de mort qui, en imaginant chaque jour de nouveaux moyens de combat, oblige les peuples à être toujours prêts pour le champ de bataille, et une loi de paix, de travail et de salut, qui ne songe qu'à délivrer l'homme des fléaux qui l'assiègent. L'une ne cherche que conquêtes violentes, l'autre que le soulagement de l'humanité. Celle-ci met une vie humaine au-dessus de toutes les victoires ; celle-là sacrifierait des centaines de mille existences à l'ambition d'un seul".
   Hélas ! Cinquante-sept ans après qu'étaient prononcées d'aussi généreuses paroles, la loi de sang et de mort devait remporter un de ses plus hideux triomphes. Hiroshima... Jamais encore on n'avait vu tant de vies détruites en si peu de temps, et par un si petit nombre d'humains... Hiroshima : nom sinistre, à jamais inscrit dans les annales des crimes de l'homme contre l'homme... Nom exécré de tous, et particulièrement des zélateurs de la science, qui ne sont pas prêts de pardonner aux explosions d'atomes l'affreuse lumière qu'elles ont projetée sur le mauvais visage de leur idole.
   Par cette désastreuse aventure, il faut le dire, la science se trouvait plus directement impliquée, plus profondément engagée qu'elle ne l'avait jamais été dans le mal. Cette fois, il ne s'agissait plus d'une simple application technique que les savants pouvaient feindre d'ignorer : c'était la plus haute science qui se trouvait en jeu, c'étaient les plus hautes consciences scientifiques qui avaient participé activement à l'affaire, qui avaient, lucidement et volontairement, trempé dans le crime. De cette affligeante collusion, la science aura du mal à se blanchir. Que de bienfaits il lui faudra répandre pour effacer un peu le monstrueux méfait, dont le souvenir, en faisant honte à l'homme, charge d'épouvante son futur. Car la menace d'une récidive - et cette fois, cent fois, mille fois plus apocalyptique est désormais sur nos têtes... Il est si rare que ce qui fut fait - surtout dans le mal - ne se laisse pas refaire. Tout le destin humain est suspendu au fil, peu solide, de la sagesse des gouvernants. Tant que la menace d'une guerre atomique n'aura pas été bannie de ce monde, avouons que nous n'avons pas grand-chose à répondre à ceux qui, faisant le procès de la science, soutiennent qu'il eût mieux valu pour l'homme en savoir moins, en pouvoir moins, et n'avoir pas acquis les moyens de son anéantissement. Nul ne peut encore décider si la découverte de la désintégration atomique fut un bien ou un mal. La guerre nucléaire n'aura peut-être pas lieu : mais, jusqu'à nouvel ordre, la science reste en accusation. Il dépend de nous de faire qu'elle soit ou non disculpée, de faire que nous la puissions absoudre, ou la devions maudire.

JEAN ROSTAND
L'oeuvre scientifique et philosophique de Jean Rostand
Nouveaux Classiques Larousse pp 125-127.

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